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Préparer sa retraite

Vous avez travaillé à l’étranger : comment récupérer tous vos droits à la retraite

Trois ans en Allemagne, dix au Maroc, une carrière chez un employeur suisse : ces années ne sont pas perdues, mais elles ne se rapatrient pas non plus. Chaque pays paie sa part, selon ses propres règles, à son propre âge. Voici comment reconstituer une carrière éclatée, ce que vos trimestres étrangers changent réellement à votre pension française, et l’ordre dans lequel déposer votre demande.

16 min de lecture 3 123 mots Mis à jour le
Homme d’une soixantaine d’années classant des dossiers de documents anciens sur son bureau, dans la lumière chaude de fin de journée
Homme d’une soixantaine d’années classant des dossiers de documents anciens sur son bureau, dans la lumière chaude de fin de journée

L’essentiel en 30 secondes

L’essentiel à retenir

Lecture complète : 16 min
  • Aucun pays ne transfère de droits à un autre : chaque État verse sa propre pension, calculée sur les seules périodes accomplies chez lui, et à partir de son propre âge de départ.
  • Dans l’Union européenne, l’Espace économique européen et la Suisse, une seule demande suffit : déposée dans votre pays de résidence, elle est transmise à tous les autres régimes concernés.
  • Les périodes accomplies à l’étranger comptent pour vérifier votre droit au taux plein, mais elles n’augmentent pas le montant de votre pension française, cette distinction explique la plupart des déceptions.
  • Hors Union européenne, tout dépend de l’existence d’une convention bilatérale de sécurité sociale : la France en a signé une quarantaine, et chacune a son propre périmètre.
  • Sans convention applicable, il reste trois solutions de repli : la pension versée directement par le pays étranger, le rachat de trimestres au titre des périodes à l’étranger, et l’assurance volontaire.
  • Comptez douze à dix-huit mois entre le dépôt de la demande et le premier versement de toutes les pensions : déposez au moins un an avant la date de départ souhaitée.

La règle de base : chaque pays paie sa part, personne ne transfère rien #

Commençons par écarter la confusion la plus répandue. On n’« importe » pas ses années étrangères dans le régime français, et on ne « transfère » pas ses cotisations d’un pays à l’autre. Le principe universel, qu’il s’agisse d’un pays européen ou d’un pays lié à la France par convention, est celui du paiement séparé : chaque État conserve les cotisations versées chez lui et verse, le moment venu, une pension calculée sur ces seules périodes. Une carrière menée dans trois pays donnera trois pensions distinctes, versées par trois organismes, sur trois calendriers différents.

Cette architecture a une conséquence pratique qui surprend beaucoup : vos pensions ne commenceront pas toutes en même temps. Chaque pays applique son propre âge légal de départ, et rien n’oblige un régime étranger à s’aligner sur votre date de départ française. Si l’âge de départ y est plus tardif, vous toucherez d’abord votre pension française, puis la pension étrangère quelques années plus tard. À l’inverse, demander trop tôt une pension étrangère peut y déclencher une décote définitive. Chaque régime doit donc être examiné pour lui-même, avec sa propre date optimale.

1 demande

il suffit d’une seule demande dans l’Union européenne, l’EEE et la Suisse : elle circule entre les régimes

règlements européens de coordination 883/2004 et 987/2009

≈ 40

nombre d’accords bilatéraux de sécurité sociale signés par la France hors Union européenne

Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale

12 à 18 mois

délai réaliste entre le dépôt du dossier et le versement effectif de toutes les pensions

estimation à partir des pratiques des caisses

Union européenne, Espace économique européen, Suisse : le système le plus protecteur #

Si votre carrière s’est déroulée dans l’Union européenne, en Islande, au Liechtenstein, en Norvège ou en Suisse, vous relevez des règlements européens de coordination, qui constituent de loin le dispositif le plus favorable. Vous n’avez qu’une seule demande à déposer, auprès du régime de votre pays de résidence : c’est lui qui la transmet à tous les autres pays où vous avez travaillé, avec le détail de votre carrière. Vous n’avez ni à écrire à chaque caisse étrangère, ni à traduire vos documents, ni à connaître les procédures locales.

Le calcul repose sur une double opération qui joue systématiquement en votre faveur. Le régime français calcule d’abord votre pension en ne tenant compte que de vos périodes françaises, c’est la pension dite nationale. Il refait ensuite le calcul comme si toute votre carrière, périodes étrangères comprises, s’était déroulée en France, puis n’en verse que la fraction correspondant à vos périodes françaises : c’est la pension proratisée. Les deux résultats sont comparés, et c’est le plus élevé qui vous est versé. Chaque pays applique la même mécanique de son côté.

L’intérêt de ce double calcul est concret. Une carrière courte en France, prise isolément, subirait une décote sévère pour trimestres manquants ; réinjectée dans une carrière complète à l’échelle européenne, elle échappe à cette décote. C’est exactement ce que la totalisation est censée corriger : elle empêche qu’une mobilité professionnelle soit punie deux fois, une fois par chaque pays. Encore faut-il que les périodes étrangères soient effectivement connues du régime français, et c’est là que les dossiers se bloquent.

Trois situations, trois régimes juridiques
Où vous avez travailléCadre applicableDemande à déposerTotalisation des périodes
Union européenne, Islande, Liechtenstein, Norvège, SuisseRèglements européens de coordinationUne seule, dans le pays de résidenceOui, pour tous les régimes couverts
Pays lié à la France par une convention bilatéraleLa convention concernée, régime par régimeUne seule, auprès de votre caisse, qui saisit l’organisme de liaisonOui, mais uniquement pour les régimes visés par la convention
Pays sans convention avec la FranceAucun cadre communUne demande en France, une démarche distincte auprès du pays étrangerNon : les périodes restent étanches

Le Royaume-Uni relève d’un accord spécifique depuis sa sortie de l’Union européenne ; les périodes accomplies avant la sortie restent protégées. À vérifier auprès de votre caisse pour toute carrière britannique.

Ce que vos trimestres étrangers font, et ne font pas #

C’est le point technique le plus mal compris, et il vaut la peine d’être posé lentement. Le calcul d’une pension de base française fait intervenir deux durées distinctes. La première sert à déterminer le taux : avez-vous, oui ou non, la durée d’assurance requise pour éviter la décote ? Pour cette vérification, les périodes accomplies dans un pays européen ou conventionné sont bien prises en compte. La seconde durée sert au coefficient de proratisation : la pension est réduite dans la proportion des trimestres français rapportés à la durée requise. Pour ce second calcul, seuls comptent vos trimestres français.

Autrement dit, une année passée à Munich vous aide à obtenir le taux plein, mais elle n’ajoute pas un euro à votre pension française, elle ouvrira droit à une pension allemande, séparée. C’est cohérent, puisque cette année-là a été cotisée en Allemagne et sera payée par l’Allemagne. Mais celui qui espérait voir sa pension française grimper en produisant ses bulletins de salaire étrangers repart déçu. Le bon réflexe est inverse : ne négligez jamais une pension étrangère, même pour deux ou trois ans de travail, parce qu’elle sera versée en plus, à vie.

Certains régimes étrangers exigent par ailleurs une durée minimale de cotisation pour ouvrir un droit, souvent un an, parfois cinq. En deçà, plusieurs conventions prévoient que les périodes trop courtes soient reprises par un autre pays plutôt que perdues. Les règles varient et se vérifient au cas par cas. Ne concluez jamais de vous-même qu’une période est trop brève pour valoir quelque chose : déclarez-la, et laissez la caisse trancher. Une déclaration qui n’aboutit pas ne coûte rien ; une période non déclarée est définitivement perdue.

Hors Europe : la convention bilatérale décide de tout #

En dehors de l’espace européen, il n’existe aucun cadre général. Tout dépend de l’existence d’une convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et le pays concerné. La France en a signé une quarantaine, notamment avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Canada et le Québec, les États-Unis, le Japon, le Brésil, la Turquie, Israël, l’Argentine, le Chili, la Corée du Sud et l’Inde. Chaque texte a son propre périmètre : certains ne couvrent que le régime de base, d’autres incluent la retraite complémentaire, d’autres encore ne visent que certaines catégories de travailleurs.

Le mécanisme reste celui de la totalisation et du paiement séparé, mais la procédure est plus lourde. La demande se dépose auprès de votre caisse française, qui saisit l’organisme de liaison chargé des relations avec le pays concerné. Les échanges se font par formulaires papier, avec des délais qui se comptent en mois plutôt qu’en semaines, et parfois des exigences de traduction ou de légalisation. Prévoyez large : dix-huit mois n’ont rien d’exceptionnel pour une carrière franco-marocaine ou franco-algérienne, et le retard est presque toujours du côté de la transmission des relevés.

Un cas mérite une mention particulière, parce qu’il concerne des centaines de milliers de personnes : la Suisse. Elle relève des règlements européens, mais son système à plusieurs piliers déroute. Le premier pilier, l’assurance-vieillesse et survivants, fonctionne comme une pension classique et se demande avec le reste. Le deuxième pilier, la prévoyance professionnelle, obéit à des règles propres et peut, dans certains cas de départ définitif de Suisse, être versé en capital plutôt qu’en rente, avec une fiscalité spécifique. Cette décision est lourde et irréversible : elle se prépare avec un conseil compétent, bien avant la date de départ.

Deux carrières identiques, deux issues très différentes

APays lié par une convention

  • Les périodes étrangères comptent pour le taux plein en France
  • Une seule demande à déposer auprès de votre caisse
  • Un organisme de liaison instruit le dossier pour vous
  • Une pension étrangère sera versée en plus de la française
  • Délais longs, mais chemin balisé

BPays sans convention

  • Les périodes étrangères ne comptent pas pour le taux plein français
  • Deux démarches distinctes, sans coordination entre elles
  • Aucun intermédiaire : vous écrivez vous-même à l’organisme étranger
  • Une pension locale reste possible selon le droit du pays
  • Rachat de trimestres et assurance volontaire à envisager

La question à poser en premier n’est donc pas « combien vais-je toucher », mais « existe-t-il une convention ». La réponse conditionne tout le reste, et elle s’obtient en un appel au Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale, qui tient la liste à jour.

Sans convention : les trois solutions de repli #

Quand aucune convention n’existe, les périodes restent étanches : elles ne comptent ni pour le taux plein français, ni pour le calcul de la pension. Trois voies restent ouvertes, et il faut les examiner tôt, car deux d’entre elles supposent d’agir bien avant le départ à la retraite. La première est simplement de réclamer la pension prévue par le droit local : beaucoup de pays versent une pension à leurs anciens cotisants, y compris non-résidents, mais aucun ne le fera spontanément. Cela suppose d’écrire soi-même à l’organisme étranger, avec les preuves de cotisation.

La deuxième voie est le rachat de trimestres au titre des périodes d’activité à l’étranger. Le régime français permet, sous conditions, de racheter des trimestres correspondant à des années travaillées hors de France. C’est un versement pour la retraite, dont le coût dépend de l’âge, des revenus et de l’option retenue : taux seul, ou taux et durée. Il n’est rentable que dans certaines configurations, notamment lorsqu’il permet de supprimer une décote proche du seuil. Notre article sur le rachat de trimestres détaille la méthode de calcul du point d’équilibre.

La troisième voie ne vaut que pour ceux qui sont encore en activité à l’étranger : l’assurance volontaire vieillesse auprès de la Caisse des Français de l’étranger. En cotisant volontairement pendant l’expatriation, on continue de valider des trimestres au régime français comme si l’on y travaillait. C’est le seul dispositif qui prévient réellement le problème, et il est très largement sous-utilisé, faute d’information au moment du départ. Si un proche part travailler hors d’Europe, c’est le premier conseil à lui donner.

Déposer la demande : où, quand, avec quoi #

La demande unique se dépose sur info-retraite.fr, le portail commun à tous les régimes français. Le formulaire comporte une rubrique dédiée aux périodes travaillées à l’étranger : c’est là que tout se joue. Renseignez chaque pays, chaque employeur, chaque période, même approximative, même brève. C’est cette déclaration qui déclenche l’interrogation des régimes étrangers ; ce que vous omettez d’y écrire ne sera jamais recherché. Si vous résidez à l’étranger, la demande se dépose auprès du régime de votre pays de résidence, qui la transmettra à la France.

Sur le calendrier, oubliez la règle habituelle des six mois. Pour une carrière internationale, déposez au moins douze mois avant la date de départ souhaitée, et davantage encore si un pays hors Europe est concerné. Le dossier français peut être liquidé dans les délais normaux, mais la pension étrangère arrivera plus tard, parfois avec un an de retard, versée rétroactivement, mais après une période de trésorerie tendue. Anticipez ce décalage dans votre budget de première année, comme vous le feriez pour tout délai de versement.

La marche à suivre, dans l’ordre

  1. Vérifier l’existence d’une convention

    Pour chaque pays où vous avez travaillé hors Union européenne, confirmez auprès du Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale s’il existe une convention et ce qu’elle couvre.

  2. Reconstituer les preuves, pays par pays

    Numéro d’assuré étranger, bulletins de salaire, contrats, attestations d’employeur, certificats de détachement. Classez par pays et par période : c’est ce classement que la caisse vous demandera.

  3. Vérifier votre relevé de carrière français

    Les périodes étrangères déjà connues y figurent parfois sous une mention spécifique. Leur absence est normale à ce stade, mais toute erreur sur les périodes françaises doit être corrigée avant la demande.

  4. Déposer la demande unique douze mois avant

    Sur info-retraite.fr, en remplissant scrupuleusement la rubrique consacrée aux périodes à l’étranger. Une seule demande vaut pour tous les régimes français et européens.

  5. Répondre vite aux formulaires de liaison

    Les organismes étrangers réclament souvent des pièces complémentaires. Chaque semaine de retard de votre côté se traduit par un mois de retard dans la chaîne d’instruction.

  6. Relancer par écrit tous les deux mois

    Conservez une trace datée de chaque relance auprès de la caisse française et de l’organisme de liaison. C’est ce dossier qui vous servira si vous devez saisir le médiateur.

  7. Vérifier la fiscalité avant le premier versement

    Avant de recevoir la première pension étrangère, faites le point sur la convention fiscale applicable et sur les prélèvements sociaux, pour éviter une régularisation désagréable l’année suivante.

Les pièces à réunir pour chaque pays

Vos cases cochées restent enregistrées sur cet appareil.

Impôts et prélèvements sur une pension venue de l’étranger #

Une pension étrangère perçue par une personne domiciliée fiscalement en France doit être déclarée en France, quelle que soit la manière dont elle a déjà été traitée dans le pays d’origine. Ce qui varie, c’est la façon dont la double imposition est évitée, et cela dépend de la convention fiscale conclue avec chaque pays. Deux mécanismes coexistent : soit la pension est imposée en France avec un crédit d’impôt égal à l’impôt étranger, soit elle est exonérée en France mais retenue pour déterminer le taux applicable à vos autres revenus, c’est la règle dite du taux effectif.

Une distinction traverse la plupart des conventions fiscales : les pensions publiques, versées au titre d’un emploi dans la fonction publique d’un État, restent en général imposables dans l’État qui les verse ; les pensions privées sont le plus souvent imposables dans l’État de résidence du bénéficiaire. Une même personne peut donc relever de deux régimes à la fois selon l’origine de chacune de ses pensions. C’est un sujet où l’approximation coûte cher : le service des impôts des particuliers non-résidents et votre centre des finances publiques répondent gratuitement à une question écrite.

Côté prélèvements sociaux, la logique diffère de celle de l’impôt. Une pension versée par un régime étranger à une personne affiliée à l’assurance maladie française donne lieu à une cotisation d’assurance maladie spécifique, dont le taux est distinct de la CSG appliquée aux pensions françaises. Les modalités dépendent de votre situation d’affiliation et du pays payeur : faites-les préciser par votre caisse d’assurance maladie plutôt que de vous fier à un forum. Pour comprendre la logique d’ensemble des prélèvements sur les pensions, voyez notre article sur la CSG et les autres retenues.

Où sera imposée votre pension : les cas les plus fréquents
Origine de la pensionVous résidez en FranceVous résidez à l’étrangerPoint à vérifier
Pension française du régime généralImposable en FranceSelon la convention fiscale du pays de résidenceL’existence d’une convention fiscale, distincte de la convention de sécurité sociale
Pension privée versée par un pays conventionnéLe plus souvent imposable en France, avec crédit d’impôt ou taux effectifSelon la convention entre les deux pays concernésLe mécanisme retenu par la convention : crédit d’impôt ou exonération avec taux effectif
Pension publique étrangèreLe plus souvent imposable dans l’État qui la verseGénéralement imposable dans l’État qui la verseLa qualification exacte « publique » ou « privée » de l’emploi occupé
Capital de prévoyance professionnelle suisseRégime particulier selon les cantons et la conventionRégime particulierLa fiscalité du versement en capital, à instruire avant de choisir capital ou rente

Présentation générale : chaque convention fiscale a sa propre rédaction. Vérifiez la convention applicable sur impots.gouv.fr avant toute décision engageante.

Un dernier conseil, valable quelle que soit votre situation : constituez dès aujourd’hui un dossier physique par pays, même si votre départ est lointain. Une chemise par pays, avec le numéro d’assuré, les bulletins retrouvés, les noms exacts des employeurs et les dates. Les carrières internationales se liquident mal non pas parce que les règles seraient obscures, mais parce que les preuves ont disparu, entreprises rachetées, caisses fusionnées, archives détruites, souvenirs approximatifs à quarante ans de distance. Une heure de classement aujourd’hui vaut six mois d’instruction en moins le jour venu.

Sources et vérification

Les informations de cet article ont été établies à partir des ressources officielles suivantes. Les barèmes et plafonds évoluant chaque année, consultez-les avant toute démarche.

Point de vigilance : Liste et périmètre des conventions bilatérales de sécurité sociale à revérifier auprès du CLEISS ; règles applicables aux carrières britanniques après la sortie de l’Union européenne ; taux de la cotisation d’assurance maladie sur les pensions de source étrangère ; modalités de versement en capital du deuxième pilier suisse et sa fiscalité.

Publié le
Mis à jour le
Rédaction
La rédaction de La Retraite

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Questions fréquentes

J’ai travaillé en Allemagne pendant dix ans : est-ce que ces années comptent pour ma retraite française ?

Elles comptent pour vérifier que vous atteignez la durée d’assurance requise, donc pour éviter une décote, c’est le mécanisme de totalisation prévu par les règlements européens. En revanche, elles n’augmentent pas le montant de votre pension française, qui reste calculée sur vos seules périodes françaises. L’Allemagne vous versera séparément sa propre pension, à partir de son propre âge légal de départ, qui n’est pas nécessairement le même qu’en France.

Faut-il déposer une demande dans chaque pays où j’ai travaillé ?

Non, si ces pays relèvent de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou de la Suisse : une seule demande, déposée dans votre pays de résidence, est transmise à tous les régimes concernés. Pour un pays lié à la France par une convention bilatérale, la demande se dépose également auprès de votre caisse française, qui saisit l’organisme de liaison. Ce n’est que pour un pays sans convention qu’il faut écrire soi-même à l’organisme étranger.

Comment savoir s’il existe une convention entre la France et le pays où j’ai travaillé ?

La liste des accords bilatéraux de sécurité sociale est tenue à jour par le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale, qui répond aussi par téléphone. La France a signé une quarantaine de conventions, notamment avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Canada et le Québec, les États-Unis, le Japon, le Brésil, la Turquie et l’Inde. Attention : chaque convention a son propre périmètre, et toutes ne couvrent pas la retraite complémentaire.

Que faire si le pays où j’ai travaillé n’a aucune convention avec la France ?

Les périodes restent étanches : elles ne comptent ni pour le taux plein, ni pour le calcul de la pension française. Trois voies subsistent : réclamer directement la pension prévue par le droit local, en écrivant vous-même à l’organisme étranger ; racheter des trimestres au titre des périodes d’activité à l’étranger auprès du régime français ; et, si vous êtes encore en activité sur place, cotiser à l’assurance volontaire vieillesse de la Caisse des Français de l’étranger.

Combien de temps faut-il pour obtenir une pension étrangère ?

Comptez douze à dix-huit mois entre le dépôt du dossier et le versement effectif de toutes vos pensions, et davantage encore pour un pays hors Union européenne où les échanges se font sur formulaires papier. La pension française est en général liquidée dans les délais habituels, tandis que la pension étrangère arrive plus tard, versée rétroactivement. Déposez votre demande au moins douze mois avant la date de départ souhaitée.

Est-ce que mes pensions commenceront toutes en même temps ?

Non, et c’est une source fréquente de désillusion. Chaque pays applique son propre âge légal de départ : si celui-ci est plus tardif qu’en France, vous toucherez d’abord votre pension française, puis la pension étrangère quelques années plus tard. Demander trop tôt une pension étrangère peut par ailleurs y déclencher une décote définitive. Chaque régime doit être examiné pour lui-même, avec sa propre date optimale de demande.

Une pension étrangère est-elle imposable en France ?

Si vous êtes domicilié fiscalement en France, vous devez la déclarer, quelle que soit la manière dont elle a été traitée dans le pays d’origine. Selon la convention fiscale applicable, elle sera soit imposée en France avec un crédit d’impôt correspondant à l’impôt étranger, soit exonérée mais retenue pour déterminer le taux applicable à vos autres revenus. Les pensions publiques restent en général imposables dans l’État qui les verse.

J’ai perdu tous mes justificatifs d’une période à l’étranger : est-ce fichu ?

Pas nécessairement. Le numéro d’assuré attribué par le pays concerné est la clé la plus efficace : il figure souvent sur un ancien contrat, une carte d’assurance ou une attestation. À défaut, la raison sociale exacte de l’employeur, l’adresse du lieu de travail et les dates précises permettent une recherche manuelle dans les fichiers étrangers. Déclarez la période même sans preuve : une déclaration qui n’aboutit pas ne coûte rien, une période tue est définitivement perdue.

Faut-il demander sa pension suisse en capital ou en rente ?

La question ne se pose que pour le deuxième pilier, la prévoyance professionnelle, et seulement dans certains cas de départ définitif de Suisse, le premier pilier, l’AVS, est toujours versé sous forme de rente. Le choix est irréversible et sa fiscalité varie selon le canton et la convention applicable. C’est une décision à instruire avec un conseil compétent plusieurs mois avant le départ, jamais dans l’urgence de la liquidation.

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