L'épargne de précaution à la retraite : combien en garder, et sur quel livret
Une pension stable ne met pas à l'abri d'une panne, d'un frais de santé non remboursé ou d'une aide ponctuelle à un proche. Cet article explique combien mettre de côté selon votre situation, sur quel livret réglementé la placer pour qu'elle reste disponible sans risque, et pourquoi il ne faut pas y laisser dormir tout le reste de votre épargne.
L’essentiel en 30 secondes
L’essentiel à retenir
Lecture complète : 13 min- Une pension régulière ne protège pas contre une dépense imprévue : panne, frais de santé non couverts ou aide ponctuelle à un proche continuent d'exister à la retraite.
- Le repère habituellement utilisé va de l'ordre de trois à six mois de dépenses courantes, à ajuster selon que vous êtes propriétaire ou locataire et selon votre état de santé.
- Le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) sont deux livrets réglementés distincts, plafonnés, immédiatement disponibles, et dont les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
- Une même personne ne peut détenir qu'un seul Livret A et qu'un seul LDDS, mais peut cumuler les deux en parallèle.
- Un livret réglementé est fait pour la disponibilité, pas pour faire fructifier un capital : laisser dormir une somme importante au-delà du matelas de précaution fait perdre du rendement sur la durée.
- Au-delà du montant nécessaire à l'épargne de précaution, toute décision de placement plus engageante mérite d'être posée avec un professionnel indépendant.
Pourquoi une épargne de précaution reste utile une fois les revenus stabilisés #
1 par personne
Nombre de Livret A qu'une même personne peut détenir
0 % d'impôt
sur les intérêts du Livret A et du LDDS
3 à 6 mois
repère usuel de dépenses courantes à garder disponible
Le jour où la pension tombe chaque mois avec régularité, une idée s'installe facilement : puisque le revenu est désormais fixe et connu à l'avance, l'épargne de précaution constituée pendant la vie active ne servirait plus à grand-chose. Ce raisonnement confond deux choses différentes. La régularité d'un revenu protège contre une baisse de ressources, pas contre une dépense imprévue qui survient un jour donné et qu'il faut financer immédiatement, sans attendre le versement suivant.
Une chaudière qui tombe en panne en plein hiver, un appareillage auditif dont une partie reste à votre charge, un enfant ou un petit-enfant qui traverse une passe difficile : rien de tout cela ne prévient. Ces situations demandent une somme disponible tout de suite, sans délai de retrait, sans pénalité et sans avoir à revendre un placement au mauvais moment. C'est exactement le rôle d'une épargne de précaution, à la retraite comme avant.
Les imprévus qui continuent de survenir après le départ à la retraite #
Le logement reste la première source de dépenses imprévues, que l'on soit propriétaire ou locataire. Une chaudière, un chauffe-eau, une toiture ou une installation électrique vieillissante peuvent lâcher sans prévenir, et un propriétaire doit alors avancer la réparation. Un dégât des eaux ou un sinistre peut aussi entraîner un reste à charge une fois la franchise d'assurance déduite, quel que soit le statut d'occupation.
La santé pèse également, y compris pour une personne bien couverte par une complémentaire. Certains soins ou appareillages ne sont remboursés que partiellement par l'Assurance Maladie et la mutuelle : dépassements d'honoraires, prothèse dentaire ou auditive hors du parcours 100 % Santé, transport non pris en charge. Ces restes à charge, pris isolément, restent souvent modestes, mais ils s'additionnent et tombent rarement au moment choisi.
Le troisième type d'imprévu concerne l'entourage plutôt que soi-même : un enfant qui perd son emploi, un petit-enfant dont les études coûtent plus cher que prévu, un proche malade qui a besoin d'un coup de main financier ponctuel. Vouloir aider sans pouvoir le faire immédiatement, faute de somme disponible, est une situation fréquemment rapportée. L'épargne de précaution sert aussi à cela : pouvoir répondre présent sans devoir différer ou emprunter.
Combien garder de côté : le repère en mois de dépenses courantes #
Il n'existe pas de règle légale fixant le montant d'une épargne de précaution : c'est un principe de bon sens de gestion budgétaire, pas une obligation. Le repère le plus souvent cité par les professionnels du conseil en gestion de patrimoine consiste à exprimer ce montant en nombre de mois de dépenses courantes plutôt qu'en somme absolue, ce qui permet à chacun de l'adapter à son propre niveau de vie.
Concrètement, cela suppose d'abord de connaître le montant réel de ses dépenses fixes mensuelles : loyer ou charges de copropriété, énergie, assurances, alimentation, santé récurrente. Ce chiffre, une fois établi, se multiplie par le nombre de mois retenu selon la situation personnelle. Le résultat donne un ordre de grandeur du matelas à constituer, à revoir périodiquement plutôt qu'à figer une fois pour toutes.
| Situation | Repère usuel en mois de dépenses | Pourquoi |
|---|---|---|
| Propriétaire sans crédit en cours ni gros travaux prévus | Plutôt vers 3 mois | Charges plus prévisibles, risque de grosse dépense imposée plus limité |
| Propriétaire d'un bien à entretenir (toiture, chauffage, installation ancienne) | Plutôt vers 5 à 6 mois | Risque réel de panne ou de travaux à financer rapidement et sans délai |
| Locataire | Plutôt vers 3 à 4 mois | Loyer récurrent à honorer, mais grosses réparations à la charge du bailleur |
| État de santé fragile ou dépenses médicales récurrentes | Vers le haut de la fourchette, 6 mois ou plus | Probabilité plus élevée de frais non couverts par l'Assurance Maladie et la mutuelle |
| Proche pouvant nécessiter une aide financière ponctuelle | Ajouter une marge complémentaire | Une aide ponctuelle à un enfant ou un petit-enfant reste par nature imprévisible |
Repère indicatif à ajuster selon le montant réel de vos dépenses fixes et votre reste à charge personnel, pas une règle écrite dans un texte de loi.
Propriétaire, locataire, état de santé : ajuster le montant à sa situation #
Le statut d'occupation du logement change la nature du risque plus qu'il ne le supprime. Un propriétaire assume seul les grosses réparations, ce qui justifie une réserve plus large dès que le bien vieillit ou qu'une copropriété vote des travaux. Un locataire reste exposé à d'autres aléas, comme un déménagement contraint ou un dépôt de garantie à reconstituer, mais échappe le plus souvent aux dépenses de gros entretien, qui relèvent du bailleur.
L'état de santé joue un rôle tout aussi déterminant, et pas seulement pour une pathologie déjà connue. Avec l'âge, la probabilité de dépenses médicales imprévues augmente mécaniquement, qu'il s'agisse d'un équipement (audioprothèse, prothèse dentaire, fauteuil), d'un dépassement d'honoraires ou d'un transport sanitaire non pris en charge. Il est raisonnable de revoir son montant d'épargne de précaution après un changement de situation familiale ou de santé, plutôt que de le laisser identique pendant vingt ans.
Sur quel support la placer pour qu'elle reste disponible sans risque #
Une épargne de précaution n'a d'utilité que si elle est disponible immédiatement, sans délai, sans pénalité et sans risque de perte en capital au moment où l'on en a besoin. C'est exactement la fonction des livrets réglementés : des comptes d'épargne dont le fonctionnement, contrairement à un compte sur livret bancaire ordinaire, est fixé par les pouvoirs publics et non par la banque qui le distribue.
Les deux livrets réglementés les plus répandus sont le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire, plus connu sous son sigle LDDS. Chacun a son propre plafond de versement, mais des règles identiques par ailleurs : retrait possible à tout moment sans justification, aucun risque sur le capital versé, et un taux de rémunération commun aux deux livrets, fixé par arrêté et révisé périodiquement. Une même personne ne peut détenir qu'un seul Livret A et qu'un seul LDDS, mais peut ouvrir les deux en parallèle. Il existe par ailleurs un troisième livret réglementé, le Livret d'épargne populaire, réservé aux foyers dont les revenus ne dépassent pas un certain plafond, avec une rémunération généralement plus favorable : à vérifier selon votre situation fiscale.
Ces deux livrets se distinguent nettement d'un placement bloqué comme une assurance-vie ou un plan d'épargne retraite : ces derniers sont pensés pour un horizon de plusieurs années, avec une fiscalité qui récompense la durée de détention et, pour certains supports, une part de risque en contrepartie d'un rendement potentiellement supérieur. Un livret réglementé ne joue pas ce rôle : il n'est pas fait pour faire fructifier un capital, mais pour rester mobilisable en une journée.
| Caractéristique | Livret A | LDDS |
|---|---|---|
| Qui peut l'ouvrir | Toute personne, un seul par personne | Personne majeure fiscalement domiciliée en France, un seul par personne |
| Plafond de versement | Plafond réglementé, de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers d'euros, à vérifier car révisé | Plafond réglementé, nettement inférieur à celui du Livret A, à vérifier |
| Rémunération | Taux fixé par arrêté, identique au LDDS, révisé périodiquement | Même taux que le Livret A |
| Fiscalité des intérêts | Exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux | Exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux |
| Disponibilité | Retrait possible à tout moment, sans délai ni pénalité | Retrait possible à tout moment, sans délai ni pénalité |
Plafonds et taux fixés par arrêté et réactualisés périodiquement : à vérifier au moment de la lecture, notamment sur service-public.fr.
Plafonds de versement et fiscalité : ce qui est stable, ce qui se vérifie chaque année #
Deux informations méritent d'être distinguées avec soin. D'un côté, des règles structurelles stables : l'existence de deux livrets réglementés séparés, la limite d'un livret de chaque type par personne, et l'exonération totale d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux sur leurs intérêts. Ces principes changent rarement et peuvent être tenus pour acquis dans une réflexion de long terme.
De l'autre côté, des montants revus par arrêté ministériel à intervalles réguliers : le plafond de versement de chaque livret et le taux de rémunération appliqué aux sommes déposées. Ces chiffres évoluent au fil du temps et ne se figent pas dans un article, quelle que soit sa date de rédaction. Avant toute décision, il convient de vérifier le barème en vigueur, plutôt que de se fier à un montant retenu en mémoire depuis plusieurs années.
L'erreur fréquente : sur-épargner sur des livrets peu rémunérateurs #
Une fois le matelas de précaution constitué, une erreur fréquente consiste à continuer d'accumuler sur le même livret par prudence, bien au-delà du montant réellement nécessaire pour couvrir un imprévu. Le raisonnement se comprend : le livret rassure, il ne comporte aucun risque de perte et reste disponible. Mais un livret réglementé n'a jamais été conçu pour faire fructifier un capital sur la durée : sa rémunération, fixée par arrêté, ne suit pas nécessairement l'évolution du coût de la vie d'une année sur l'autre.
Concrètement, une somme importante laissée pendant des années sur un Livret A, au-delà de ce que couvre le repère en mois de dépenses, perd du pouvoir d'achat sans gagner en sécurité : le risque d'imprévu était déjà couvert par le montant de précaution. Le reste de l'épargne gagne à être orienté vers un support pensé pour un horizon plus long, en fonction d'un objectif précis, qu'il s'agisse de compléter un revenu, de préparer une transmission ou de financer un projet. Le plan d'épargne retraite fait partie des pistes à examiner selon la situation fiscale et l'horizon visé, sans que ce choix s'impose de façon automatique.
Épargne de précaution ou reste de l'épargne : deux logiques différentes
AÉpargne de précaution (Livret A, LDDS)
- Disponible immédiatement, sans délai ni pénalité
- Plafonnée, donc d'un montant nécessairement limité
- Rémunération modeste, qui ne suit pas toujours le coût de la vie
- Aucun risque de perte en capital
- Intérêts totalement exonérés d'impôt
BLe reste de l'épargne, au-delà du matelas de précaution
- Peut être investi sur un horizon plus long
- Rendement potentiellement supérieur sur la durée, en contrepartie d'un risque
- Se prête à un objectif précis : transmission, complément de revenu, projet
- Nécessite d'examiner sa situation avec un professionnel avant toute décision engageante
Le livret protège l'immédiat, il n'est pas fait pour faire fructifier tout un patrimoine : au-delà du montant de précaution, une réflexion patrimoniale à part entière s'impose, avec l'aide d'un professionnel pour toute décision engageante.
Mettre en place son épargne de précaution : la marche à suivre #
Constituer ou ajuster son épargne de précaution ne demande pas de démarche complexe, mais gagne à être fait dans un ordre précis, en partant du chiffrage réel de ses dépenses plutôt que d'une somme choisie au hasard. L'objectif est d'aboutir à un montant qui corresponde à votre situation, ni trop juste pour couvrir un vrai imprévu, ni si large qu'il prive le reste de votre épargne d'un meilleur emploi.
Cette étape s'inscrit naturellement dans une réflexion plus large sur l'ensemble de votre budget et de vos placements, détaillée dans le guide consacré à l'argent et au budget à la retraite. Elle mérite d'être revue au moins une fois par an, et systématiquement après un changement important de situation personnelle ou de logement.
Les cinq étapes pour bâtir son épargne de précaution
-
Chiffrer ses dépenses courantes réelles
Reprendre le détail du budget mensuel (loyer ou charges, énergie, alimentation, santé) pour connaître le montant mensuel de référence.
-
Choisir le nombre de mois adapté à sa situation
Se référer au repère du tableau selon le statut d'occupation du logement et l'état de santé, puis l'ajuster à sa propre réalité.
-
Ouvrir ou vérifier son Livret A et son LDDS
Chacun de ces deux livrets est limité à un exemplaire par personne : vérifier le plafond restant disponible avant tout nouveau versement.
-
Répartir les versements entre les deux livrets
Utiliser le Livret A en priorité, puis le LDDS en complément si le premier plafond est atteint, pour rester dans des supports exonérés d'impôt.
-
Ne pas aller au-delà du montant de précaution
Une fois le matelas constitué, orienter le reste de l'épargne vers un placement adapté à un horizon plus long, en s'appuyant si besoin sur un professionnel.
Sources et vérification
Les informations de cet article ont été établies à partir des ressources officielles suivantes. Les barèmes et plafonds évoluant chaque année, consultez-les avant toute démarche.
- service-public.fr, Direction de l'information légale et administrative Livret A et LDDS : fonctionnement, plafond et fiscalité
- Banque de France Épargne réglementée des ménages et rôle de l'épargne de précaution
- impots.gouv.fr, Direction générale des Finances publiques Fiscalité des produits d'épargne : ce qui est exonéré, ce qui est imposable
Point de vigilance : Vérifier chaque année le plafond de versement et le taux de rémunération du Livret A et du LDDS, fixés par arrêté et révisés périodiquement.
- Publié le
- Mis à jour le
- Rédaction
- La rédaction de La Retraite
Vous vous demandez peut-être
Questions fréquentes
Faut-il garder une épargne de précaution une fois à la retraite, même avec une pension stable ?
Oui. Une pension régulière protège contre la baisse de revenu, pas contre une dépense imprévue comme une panne, des frais de santé non couverts ou une aide ponctuelle à un proche. Sans épargne disponible, ces dépenses se financent par un crédit à la consommation ou par un retrait anticipé sur un placement bloqué, deux solutions plus coûteuses qu'une somme déjà mise de côté.
Combien d'argent faut-il garder de côté à la retraite ?
Le repère habituellement utilisé va de l'ordre de trois à six mois de dépenses courantes, à ajuster selon votre situation. Un propriétaire dont le logement demande de l'entretien, une personne dont l'état de santé génère des frais réguliers, ou quelqu'un susceptible d'aider un proche, a intérêt à viser le haut de cette fourchette.
Quelle différence entre le Livret A et le LDDS ?
Ce sont deux livrets réglementés distincts, avec chacun leur propre plafond de versement, mais des règles de fonctionnement identiques : même fiscalité, avec des intérêts exonérés, même disponibilité immédiate, et généralement le même taux de rémunération. Une même personne peut détenir les deux en parallèle, chacun limité à un seul exemplaire.
Peut-on avoir plusieurs Livrets A ?
Non. La règle est stricte : chaque personne ne peut détenir qu'un seul Livret A, quel que soit l'établissement qui le tient. La même limite s'applique au LDDS. Un couple peut en revanche détenir chacun son propre Livret A et son propre LDDS.
Les intérêts du Livret A et du LDDS sont-ils imposables ?
Non, c'est l'un des principes structurels de ces deux livrets réglementés : leurs intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, contrairement à un compte sur livret bancaire ordinaire ou à la plupart des autres placements.
Faut-il mettre toute son épargne sur un Livret A ?
Non, c'est l'erreur la plus fréquente. Le livret est fait pour la disponibilité, pas pour faire fructifier un capital : sa rémunération ne suit pas nécessairement le coût de la vie sur la durée. Au-delà du montant de précaution nécessaire, le reste de l'épargne gagne à être orienté vers un placement pensé pour un horizon plus long, en fonction de vos objectifs.
Quelle différence entre un Livret A et une assurance-vie ?
Le Livret A est disponible à tout moment, sans délai ni fiscalité particulière, mais plafonné et peu rémunéré. Une assurance-vie n'est pas un livret : c'est un placement qui peut comporter une part de risque, pensé pour un horizon plus long et pour la transmission, avec une fiscalité qui dépend notamment de l'ancienneté du contrat.
Le montant à garder de côté est-il le même pour un propriétaire et pour un locataire ?
Pas nécessairement. Un propriétaire expose davantage son épargne de précaution aux imprévus liés au logement, comme la toiture ou le chauffage, tandis qu'un locataire y est moins exposé, la plupart des grosses réparations restant à la charge du bailleur. Chacun doit ajuster le repère en mois de dépenses en fonction de sa situation réelle, logement compris.
Que faire si le plafond du Livret A est atteint ?
Vous pouvez alors verser sur le LDDS, qui reste exonéré d'impôt et immédiatement disponible, dans la limite de son propre plafond. Une fois les deux plafonds atteints, il ne s'agit plus d'épargne de précaution mais d'épargne de plus long terme, qui relève d'une réflexion patrimoniale différente.
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