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Emprunter à la retraite : ce qui bloque vraiment un dossier, et comment le faire accepter

Aucune loi n'interdit d'emprunter après le départ à la retraite. Mais un pensionné de 68 ans qui demande un prêt travaux essuie souvent un refus qu'un salarié du même âge n'aurait pas connu quinze ans plus tôt. Le blocage vient rarement du revenu : il vient de l'assurance qui accompagne le crédit. Voici comment ce verrou fonctionne, et les leviers réels pour l'ouvrir.

11 min de lecture 2 279 mots Mis à jour le
Homme d'une soixantaine d'années consultant des documents financiers à son bureau, dans une lumière naturelle chaleureuse
Homme d'une soixantaine d'années consultant des documents financiers à son bureau, dans une lumière naturelle chaleureuse

L’essentiel en 30 secondes

L’essentiel à retenir

Lecture complète : 11 min
  • Il n'existe pas d'âge légal maximum pour emprunter en France : la limite vient des règles internes de chaque banque et surtout du coût de l'assurance emprunteur exigée avec le prêt.
  • L'assurance emprunteur, pas le taux du crédit, est le véritable point de blocage : son tarif dépend de l'âge et des réponses au questionnaire de santé, et peut représenter une part importante du coût total.
  • La loi Lemoine de 2022 permet de résilier une assurance emprunteur à tout moment sans frais pour la remplacer par une offre individuelle moins chère, une option trop souvent ignorée après 60 ans.
  • La convention AERAS oblige les banques et assureurs à examiner en priorité les dossiers des personnes présentant un risque de santé aggravé, sous certaines conditions de montant et d'échéance à vérifier au moment de la demande.
  • Un refus n'est jamais définitif : nantissement d'une assurance-vie, garantie hypothécaire, caution d'un proche ou courtier spécialisé rouvrent souvent un dossier fermé par une seule banque.
  • Le taux d'endettement recommandé par les autorités bancaires, assurance comprise, ainsi que le reste à vivre après toutes les charges, comptent davantage pour la décision finale que l'âge affiché sur la carte d'identité.

Pourquoi l'âge complique un dossier, sans jamais l'interdire #

Rien dans le droit français n'interdit à une personne de 65, 75 ou 85 ans de souscrire un crédit. Une banque ne peut pas non plus refuser un dossier au seul motif de l'âge du demandeur : ce serait une discrimination sanctionnée. Ce qui change réellement, ce sont les règles internes que chaque établissement se fixe librement, et surtout les conditions posées par l'assureur qui doit couvrir le prêt en cas de décès ou d'invalidité de l'emprunteur.

Sur le papier, un retraité présente souvent un profil rassurant pour un prêteur : un revenu régulier, garanti à vie, versé chaque mois à date fixe, sans le risque de perte d'emploi qui pèse sur un salarié. C'est d'ailleurs ce revenu stable qui permet à beaucoup de retraités d'obtenir plus facilement un prêt à la consommation classique qu'un jeune actif en début de carrière. La difficulté se concentre presque toujours ailleurs : sur la durée du crédit et sur l'assurance qui doit le couvrir jusqu'à son terme.

L'assurance emprunteur : le vrai verrou du dossier #

Une banque n'accorde presque jamais un crédit immobilier ou un prêt travaux d'un montant significatif sans exiger une assurance emprunteur, qui prend le relais en cas de décès, d'invalidité et parfois de perte d'autonomie. Cette assurance repose sur un questionnaire de santé et, selon l'âge et le montant emprunté, sur des examens médicaux complémentaires. Le tarif proposé dépend directement du risque estimé : il augmente avec l'âge, parfois fortement, et peut représenter à lui seul une part conséquente du coût total du crédit après 65 ou 70 ans.

Beaucoup de retraités ignorent qu'ils ne sont pas obligés d'accepter l'assurance groupe proposée par leur banque. La loi permet depuis plusieurs années de choisir une assurance individuelle équivalente auprès d'un autre assureur, à condition que ses garanties couvrent au moins les mêmes risques : c'est la délégation d'assurance. Après un certain âge, l'écart de tarif entre l'assurance groupe d'une banque et une offre individuelle ciblée peut être important, ce qui justifie de comparer avant de signer plutôt qu'après.

Assurance groupe de la banque ou délégation d'assurance individuelle
CritèreAssurance groupe bancaireDélégation d'assurance individuelle
TarificationMutualisée entre tous les emprunteurs de la banqueAjustée au profil réel de la personne assurée
Coût après 65 ansSouvent plus élevé, en particulier pour un profil sans antécédentPeut être nettement plus avantageux selon l'assureur
DémarcheSignature simplifiée au moment du prêtComparaison et devis à demander soi-même, ou via un courtier
Changement en cours de prêtPossible à tout moment depuis la loi Lemoine, sans fraisPossible à tout moment depuis la loi Lemoine, sans frais

L'équivalence des garanties entre les deux contrats doit être vérifiée par la banque avant d'accepter la substitution ; un refus doit être motivé par écrit.

Un dernier point mérite d'être connu : le droit à l'oubli. Les personnes ayant été traitées pour certaines pathologies, notamment certains cancers, sans rechute constatée après un délai fixé par la loi, n'ont plus à le déclarer dans le questionnaire de santé et ne peuvent plus se voir appliquer de surprime à ce titre. Ce délai a été raccourci ces dernières années : vérifiez sa durée exacte en vigueur auprès de votre assureur ou sur service-public.fr avant de remplir un questionnaire, car une déclaration inutile peut renchérir le tarif sans raison.

La convention AERAS : le filet quand la santé complique tout #

Quand un questionnaire de santé fait apparaître un risque que les assureurs classiques refusent de couvrir, la convention S'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé, dite AERAS, organise un examen à trois niveaux : d'abord l'assureur habituel de la banque, puis un pool d'assureurs plus spécialisés si le premier refuse, enfin une instance de réexamen si le deuxième niveau échoue également. Ce mécanisme, signé entre l'État, les banques, les assureurs et des associations de patients, ne garantit pas une acceptation automatique, mais impose que le dossier soit réellement instruit plutôt que rejeté d'emblée.

La convention s'applique sous certaines conditions liées au montant du crédit et à l'âge de l'emprunteur à l'échéance du prêt, des seuils qui évoluent et qu'il faut vérifier au moment de la demande sur service-public.fr. Elle prévoit aussi un droit à être informé par écrit des motifs d'un refus d'assurance, et un mécanisme de garanties alternatives, hypothèque, caution ou nantissement, quand aucune assurance ne peut couvrir la totalité du capital emprunté.

Combien pouvez-vous réellement emprunter : chiffrer avant de démarcher #

Les banques françaises appliquent une règle de prudence recommandée par les autorités de supervision bancaire : le taux d'endettement, assurance comprise, ne doit pas dépasser un plafond de l'ordre de 35 % des revenus, et la durée du prêt reste en principe limitée à 25 ans, sauf exceptions. Ce plafond s'applique de la même façon à un retraité qu'à un actif : c'est le montant de la pension, et non le fait d'être à la retraite, qui détermine la capacité d'emprunt.

Ce que les banques regardent en réalité de très près, c'est le reste à vivre : la somme qui subsiste chaque mois une fois la mensualité, l'assurance, les charges fixes et l'ensemble des crédits déjà en cours déduits du revenu. Sur ce plan, beaucoup de retraités présentent un profil plus solide qu'en période d'activité, faute de frais professionnels et souvent après le remboursement du crédit immobilier principal. C'est un argument à faire valoir explicitement dans le dossier, chiffres à l'appui, plutôt que de laisser la banque le déduire seule.

35 %

taux d'endettement maximal recommandé, assurance de prêt incluse

recommandation du Haut Conseil de stabilité financière, à vérifier

25 ans

durée maximale de crédit généralement retenue par les banques

pratique bancaire courante, à vérifier selon l'établissement

1 mois

délai de résiliation d'une assurance emprunteur, possible à tout moment depuis la loi Lemoine

loi n° 2022-270 du 28 février 2022

Exemple chiffré : capacité d'emprunt d'un couple de retraités
ÉlémentMontant mensuelEffet sur le dossier
Pensions cumulées du couple2 900 € netsBase de calcul du taux d'endettement
Mensualité maximale à 35 %1 015 €Assurance emprunteur comprise dans ce montant
Charges fixes existantes (loyer, crédit en cours)0 €Résidence principale déjà payée : capacité intacte
Reste à vivre après mensualité de 700 €environ 1 900 €Argument à mettre en avant dans la lettre de demande

Exemple pédagogique ; les seuils réels appliqués varient selon les établissements et doivent être vérifiés au moment du dossier.

Choisir le bon type de prêt selon le projet #

Un prêt travaux pour adapter la salle de bain ou refaire une toiture, un prêt personnel pour aider un enfant, un crédit pour acheter un véhicule ou une résidence secondaire : chaque projet appelle un type de crédit différent, avec des exigences d'assurance très inégales. Un prêt travaux de faible montant sur une durée courte est en général bien plus facile à obtenir qu'un crédit immobilier sur vingt ans, car le capital assuré et la durée d'exposition au risque sont réduits d'autant.

Une solution alternative existe pour les personnes disposant d'une épargne placée en assurance-vie : le nantissement du contrat. Plutôt que de souscrire une assurance emprunteur classique, l'épargne du contrat sert de garantie directe à la banque, qui peut se rembourser dessus en cas de défaillance. Cette solution évite le questionnaire de santé et s'avère souvent plus rapide à mettre en place, à condition de disposer d'une épargne suffisante et de bien comprendre son fonctionnement, détaillé dans notre article sur l'assurance-vie après 60 ans.

Crédit avec assurance emprunteur ou prêt gagé sur une assurance-vie

ACrédit classique assuré

  • Questionnaire de santé et éventuels examens médicaux
  • Coût d'assurance qui augmente avec l'âge
  • Capital emprunté qui n'immobilise pas l'épargne existante
  • Mise en place parfois longue en cas de risque de santé

BPrêt gagé sur une assurance-vie (nantissement)

  • Aucun questionnaire de santé à remplir
  • Mise en place généralement plus rapide
  • L'épargne nantie reste bloquée tant que le prêt court
  • Ne convient que si une épargne suffisante existe déjà

Le nantissement d'une assurance-vie est une option à examiner en priorité pour un projet modéré quand l'assurance emprunteur classique coûte cher ou que la santé complique le dossier. Il suppose toutefois de disposer déjà de l'épargne correspondante, ce qui n'est pas toujours le cas.

Le dossier qui rassure une banque #

Un dossier de retraité bien préparé se distingue par sa lisibilité : des revenus faciles à vérifier, une situation patrimoniale claire, et l'absence des zones d'ombre qui inquiètent un prêteur, comme un changement d'emploi récent. Encore faut-il présenter ces éléments dans l'ordre attendu par la banque, sans laisser deviner ce qui joue en votre faveur.

Le dossier à réunir avant de démarcher une banque

Vos cases cochées restent enregistrées sur cet appareil.

En cas de refus : les leviers qui restent #

Un refus d'une banque n'est jamais la fin du dossier. La première étape consiste à demander par écrit le motif précis du refus : assurance impossible à obtenir, taux d'endettement dépassé, ou politique interne de l'établissement sur l'âge en fin de prêt. Ce motif oriente directement vers la bonne solution, plutôt que de redéposer le même dossier ailleurs en espérant un résultat différent.

Plusieurs garanties alternatives permettent de rassurer une banque sans passer par une assurance décès-invalidité classique : la caution solidaire d'un proche solvable, une garantie hypothécaire sur un bien déjà possédé, ou le nantissement évoqué plus haut. Un courtier en crédit spécialisé dans les emprunteurs âgés connaît par ailleurs les établissements qui acceptent effectivement ces dossiers, ce qui évite de multiplier les refus auprès de banques mal positionnées sur ce segment.

Quand aucune solution de garantie ne convient, le prêt viager hypothécaire, réservé aux propriétaires, permet d'emprunter sans mensualité en s'appuyant sur la valeur du logement, remboursable seulement au décès ou à la revente. Ce mécanisme répond à une logique différente, détaillée dans notre article sur le prêt viager hypothécaire : il convient davantage à un besoin patrimonial ponctuel qu'à un crédit consommation classique, en raison du coût cumulé des intérêts composés.

Les pièges à éviter avant de signer #

Certains intermédiaires ciblent spécifiquement les emprunteurs âgés en difficulté avec des frais de dossier demandés d'avance, avant toute mise en relation avec une banque : c'est une pratique interdite pour un courtier en crédit, qui ne peut être rémunéré qu'une fois le prêt effectivement débloqué. Vérifiez systématiquement que le courtier ou l'intermédiaire d'assurance sollicité est immatriculé auprès de l'Organisme pour le Registre des Intermédiaires en Assurance, consultable gratuitement en ligne.

Un dernier repère, souvent négligé : le taux annuel effectif global, qui inclut l'ensemble des frais du crédit, y compris l'assurance, permet seul de comparer deux offres de façon fiable. Deux prêts affichant le même taux d'intérêt nominal peuvent avoir un coût total très différent selon le tarif de l'assurance associée. Demandez systématiquement ce taux global avant de comparer deux propositions, et faites-le vérifier par un proche ou un conseiller indépendant si le dossier vous semble complexe.

Ce n'est pas votre âge qui décide de votre dossier, c'est la lisibilité de vos revenus et le prix de l'assurance que vous acceptez sans comparer.

Repère à garder avant toute demande de crédit

Sources et vérification

Les informations de cet article ont été établies à partir des ressources officielles suivantes. Les barèmes et plafonds évoluant chaque année, consultez-les avant toute démarche.

Point de vigilance : Plafond de taux d'endettement recommandé par les autorités bancaires, seuils de montant et d'âge de la convention AERAS, durée du droit à l'oubli pour les anciens malades du cancer : ces trois repères évoluent et doivent être revérifiés sur service-public.fr avant toute démarche.

Publié le
Mis à jour le
Rédaction
La rédaction de La Retraite

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Questions fréquentes

Existe-t-il un âge maximum pour emprunter en France ?

Non, aucune loi ne fixe d'âge maximum pour souscrire un crédit. Chaque banque et chaque assureur applique cependant ses propres règles internes, notamment un âge limite en fin de prêt qui varie fortement d'un établissement à l'autre. C'est cette limite contractuelle, et non une interdiction légale, qui peut compliquer un dossier après 70 ou 75 ans.

Pourquoi l'assurance emprunteur coûte-t-elle plus cher après 60 ans ?

Le tarif de l'assurance emprunteur est calculé selon le risque estimé de décès ou d'invalidité pendant la durée du prêt, évalué à partir de l'âge et des réponses au questionnaire de santé. Ce risque statistique augmentant avec l'âge, le tarif suit la même évolution. Comparer plusieurs assureurs par délégation d'assurance permet souvent de réduire sensiblement cet écart.

Puis-je changer d'assurance emprunteur en cours de remboursement ?

Oui, depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, tout emprunteur peut résilier son assurance de prêt à tout moment, sans frais ni pénalité, pour la remplacer par un contrat équivalent moins cher. La banque dispose de dix jours ouvrés pour répondre à la demande de substitution et ne peut la refuser que si les garanties du nouveau contrat sont réellement inférieures.

Qu'est-ce que la convention AERAS et qui peut en bénéficier ?

La convention AERAS organise un examen renforcé, en plusieurs niveaux, des demandes de prêt et d'assurance pour les personnes présentant un risque de santé aggravé, y compris lié à l'âge. Elle s'applique sous conditions de montant de crédit et d'âge en fin de prêt, qu'il faut vérifier au moment de la demande, et impose une réponse motivée en cas de refus.

Le nantissement d'une assurance-vie est-il une bonne alternative à l'assurance emprunteur ?

C'est une solution à considérer sérieusement quand l'assurance emprunteur classique coûte cher ou qu'un problème de santé complique le dossier. L'épargne du contrat sert de garantie directe à la banque, sans questionnaire médical, mais elle reste bloquée pendant toute la durée du prêt. Cette option suppose de disposer déjà d'une épargne suffisante en assurance-vie.

Comment calculer ma capacité d'emprunt réelle à la retraite ?

Additionnez l'ensemble de vos pensions nettes, puis appliquez le plafond de taux d'endettement recommandé, de l'ordre de 35 % assurance comprise. Retirez ensuite les charges fixes déjà existantes. Le montant restant donne une mensualité maximale théorique, mais la banque regardera aussi le reste à vivre concret une fois toutes les charges déduites.

Que faire si une banque refuse mon dossier de crédit ?

Demandez d'abord par écrit le motif précis du refus : c'est souvent l'assurance, pas le revenu, qui pose problème. Explorez ensuite les garanties alternatives, caution d'un proche, garantie hypothécaire, nantissement d'une épargne existante, et sollicitez si besoin un courtier spécialisé dans les profils âgés, qui connaît les établissements réellement ouverts à ces dossiers.

Un crédit renouvelable est-il une bonne solution en cas de refus ?

Non, dans la grande majorité des cas. Un crédit renouvelable affiche un taux d'intérêt nettement supérieur à celui d'un prêt amortissable classique et coûte donc bien plus cher sur la durée, même sans questionnaire de santé. Comparez toujours le coût total du crédit, et non la seule mensualité, avant d'accepter une solution présentée comme facile d'accès.

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